Dieu dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » ( ou : Que veut dire « ecclesia semper reformanda » ?)

« L’Église réformée est toujours à réformer » (ecclesia reformata semper reformanda). Cette expression, vraisemblablement forgée dans un contexte particulier et subtil au 17e siècle dans le milieu piétiste hollandais, s’est popularisée au siècle passé grâce à Karl Barth, un éminent théologien bâlois, au point que l’Église catholique romaine a emprunté l’idée lors du Concile Vatican II en la reformulant : l’Eglise est « à la fois sainte et toujours appelée à se purifier » (ecclesia sancta simul et semper purificanda). L’adage revient régulièrement à l’esprit et dans la bouche de celles et ceux qui sont sensibles aux nouveaux défis proposés à l’Église. Elle nous rappelle, entre autres, que l’Église est constamment appelée à trouver des formes et des moyens adéquats aux temps que nous vivons pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, qui, elle, est immuable.

C’est vrai que l’Église n’est pas hors du monde, et ce monde évolue. La foi chrétienne se vit en interaction avec l’époque, le lieu, et la culture qui changent. Le sablier accroché à côté de la chaire de l’église de Corcelles nous rappelle qu’à l’époque, les fidèles écoutaient chaque dimanche une prédication qui durait plus que le temps nécessaire à une bonne sieste. En Asie, il n’est pas rare que l’on communie avec un petit morceau de gâteau de riz à la place du pain. Encore ailleurs, il y a des congrégations qui se forment avec un projet surprenant comme une Église-café, une Église-librairie, une Église des motards, etc. La musique, l’architecture, la façon d’organiser l’Église, les mœurs (par exemple, les femmes pasteurs de notre Église sont la lecture de la foi chrétienne juste de notre temps et pour l’avenir, le souvenir juste de Marie Madeleine, apôtre des apôtres, et de Junia, femme apôtre, que Paul salue à la fin de son épître aux Romains). Tout cela peut varier et changer, mais tout cela est au service de l’Évangile qui, lui, est éternel en tant que message d’amour de Dieu pour nous. Il serait une grande erreur de confondre l’Évangile et les moyens qui le véhiculent.

Le contexte de la déchristianisation progressive de notre société et de la perte de la place des Églises en général nous pousse à chercher de nouvelles manières et formes qui nous permettraient d’assurer au mieux la mission de témoigner de l’Évangile en paroles et en actes. La fusion des paroisses en 2003, qui a fait naître chez nous la paroisse de la Côte réunissant Peseux et Corcelles-Cormondrèche, en est un exemple concret. L’effort continue avec la récente prise de conscience de la nécessité de nous réapproprier le mode « évangélisation », qui n’est pas le contre-témoignage du prosélytisme mais un authentique témoignage de vie parlant, ou la réflexion actuelle sur la façon dont on pourrait mettre les énergies de différentes paroisses en commun, pour n’en citer que deux exemples. Mais il serait faux de penser que cet effort de l’Église qui veut « se réformer » est une question d’organisation et de structure qui n’impliquerait que quelques responsables. Une vraie réforme n’est pas l’œuvre des humains mais l’œuvre de Dieu. Car le fondement même de l’Église est la Parole de Dieu, c’est-à-dire la révélation de Dieu lui-même. L’Église est créée par la Parole de Dieu ; elle est un événement qui se produit chaque fois que Dieu parle et que nous l’écoutons. Un renouveau de l’Église est donc une affaire d’écoute avant d’être celle de nos actions qui ne sont que la traduction imparfaite de ce que nous avons entendu. Il germe et fleurit dans nos prières à la maison ou à l’église, dans nos chants à table ou à l’assemblée, dans nos lectures éclairées individuelles ou collectives, dans nos partages devant les rayons du supermarché ou par internet… Et Dieu viendra nous former à nouveau selon sa volonté, c’est-à-dire pour le bien du monde. Veiller et prier pour cela, c’est l’acte réformateur.

(Cet article va paraître dans le prochain bulletin paroissial « Tandem », n° 70)

Un plaidoyer pour une Eglise sœur

Giorgio Agamben s’en est pris récemment à l’Eglise catholique romaine dans un billet intitulé « Una domanda » (Une question). Le titre est sobre mais le ton et les arguments sont percutants. Il dénonce le manque de responsabilités de chacun et de chacune devant ce qu’il qualifie comme l’effondrement éthique et politique du pays tout entier face à l’épidémie actuelle, avant de diriger ses critiques à deux institutions en particulier : l’Eglise (au singulier, il est italien) et les juristes.

Il met le doigt là où cela fait mal avec acuité. Il soulève des questions pertinentes là où l’évidence semble régner. Je ne risquerai pas à entrer en débat… sauf sur un point. Je trouve son reproche à l’Eglise injuste.

Voici ce qu’il dit au sujet de l’Eglise :

Je ne peux pas, à ce stade, puisque j’ai accusé les responsabilités de chacun d’entre nous, ne pas mentionner les responsabilités encore plus graves de ceux qui auraient eu pour tâche de veiller sur la dignité de l’homme.

Tout d’abord, l’Église qui, en devenant l’esclave de la science, devenue la véritable religion de notre temps, a radicalement renoncé à ses principes les plus essentiels. L’Église, sous un pape nommé François, a oublié que François a embrassé les lépreux. Elle a oublié que l’une des œuvres de miséricorde est de rendre visite aux malades. Elle a oublié que les martyrs enseignent qu’il faut être prêt à sacrifier sa vie plutôt que sa foi et que renoncer à son voisin signifie renoncer à la foi.

Là, j’ai envie de répondre :

En fin de compte, l’Église qui, en restant la partenaire critique de la science pour que celle-ci ne s’érige pas en une religion, a radicalement appliqué ses principes les plus essentiels. L’Église, sous un pape nommé François, s’est souvenue que François a embrassé les lépreux. Elle s’est souvenue que l’une des œuvres de miséricorde est de prier pour et prendre soin des malades, des vulnérables, au point d’accepter d’être seule. Elle s’est souvenue que le Christ, seul sur la croix, enseigne qu’il faut être prêt à sacrifier sa vie plutôt que sa foi et que mettre en péril son voisin, fût-ce au nom de la foi, signifie renoncer à la foi.

Je ne pensais pas que j’aurais un jour l’idée de plaider pour une Eglise sœur contre Agamben. La vie n’est pas si courte – surtout en ce temps de semi-confinement – et tout peut arriver.

Lettre à une amie pasteure (ou : Pourquoi j’aspire à un culte moins extraordinaire)

« L’une des raisons pour lesquelles nous, chrétiens, discutons tant de l’hymne à chanter, de la liturgie à suivre, de la manière de célébrer, c’est que les commandements nous apprennent à croire qu’une mauvaise liturgie finit par conduire à une mauvaise éthique. Vous commencez par chanter un cantique mielleux et sentimental, puis vous faites une prière qui ne veut rien dire, et vous vous retrouvez à avoir assassiné votre meilleur ami. »

S. Hauerwas et W.H. Willimon, The Truth about God : the Ten Commandments in Christian Life, Nashville, Abingdon Press, 1999, p. 89

Chère amie,

Il y a une chose que je tiens à faire à la sortie d’un culte, c’est de dire un simple merci à l’officiant-e (je veux dire quand je me trouve dans l’assemblée, ce qui m’arrive, bien que pasteur, décidément plus souvent que d’y être en tant qu’officiant). Je m’abstiens tout aussi bien des compliments pour des choses qui m’ont particulièrement touché que de mentionner telle ou telle chose qui m’a moins plu.

J’enfonce une porte ouverte, mais le culte est ce que nous rendons à Dieu, non pas ce qu’un-e pasteur-e performe. C’est pourquoi par ailleurs on appelle cet acte « liturgie » : œuvre du peuple. L’officiant-e est là pour préparer, accompagner cette célébration de tous qu’est le culte. Ce qui m’a plus ou déplu ne m’importe pas tellement en fin de compte. Ce que l’officiant-e a pu faire magnifiquement ou maladroitement a encore moins d’importance pour moi. Ce qui m’est cher, c’est que l’officiant-e soit là afin que l’assemblée puisse participer pleinement à la célébration. (Entre nous… Lorsque quelqu’un me dit à la sortie du culte où j’ai été officiant : « Merci pour votre culte », je réponds sans relâche : « Merci pour ce que vous y avez apporté ».)

Malgré cette hésitation qui m’habite – une fois n’est pas coutume –, j’aimerais pourtant te dire un peu plus qu’un simple merci, à toi et à tous ceux qui ont officié avec toi, pour le culte transmis ce matin-là. Ce fut un très beau culte qui m’a permis de célébrer à cœur ouvert, avec joie.

Les églises ne sont pas loin, ma santé permet de me déplacer, et je suis heureux de ne pas être contraint de suivre les cultes à la télé ou à la radio en temps normal. Je les découvre ces jours-ci à cause de l’actualité sanitaire. Or, j’avoue que je me suis rendu compte que j’avais une certaine difficulté à être un participant, autrement dit un vrai « acteur » de la célébration ces derniers temps. Malgré toute ma bonne volonté j’avais du mal à faire partie de ce peuple qui célèbre notre Dieu. Je me trouvais trop souvent, et cela avec stupéfaction et profonde tristesse, dans la posture de quelqu’un qui, au lieu de se placer devant Dieu, observe, admire ou grimace devant celles et ceux qui célèbrent. (Ne dis pas que je place la barre trop haut. Au contraire ! Ce sont justement les cultes « magnifiques » qui ont fait me sentir sur la touche.)

Un culte durant la Semaine sainte, enregistré par quelques pasteurs de mon Église et diffusé sur la chaîne locale, m’avait donné beaucoup d’espoir car je m’étais enfin senti être avec eux. Et ce matin-là, ça y est. J’ai été avec vous pour construire la liturgie ensemble, pour m’associer à cet élan de rendre un culte à Dieu. (Ne méprend pas : je ne suis pas en train de dire que la qualité de ces cultes était moins bonne que ceux « magnifiques » !)

Est-ce parce que je me suis habitué petit à petit à cette manière de participer au culte au bout d’un mois de confinement ? Je ne le crois pas. Et c’est pourquoi j’ai envie de te dire plus qu’un simple merci.

Les raisons sont nombreuses. Je ne pourrais pas les détailler sans en faire des commentaires inutiles. Je dirai tout simplement que j’ai pu prier selon le rythme de celles et ceux qui ont prononcé les prières, respirer en même temps que les musiciens, oser chanter les chants avec la chantre, même si certains chants m’étaient inconnus (et j’avoue que je préfère personnellement d’autres répertoires), répondre à l’écoute de la Parole avec les prédicateurs, me sentir dans le grand cercle de la communion par la simplicité donnée…

Un grand merci donc de m’avoir empêché d’analyser les prières, d’oublier Dieu et le monde en écoutant et admirant les musiciens et chanteurs, de suivre la prédication mot à mot sans la faire résonner en miroir de mon existence… Je n’ai assisté ni à une magnifique conférence, ni à un récital superbe, ni à un spectacle théâtral merveilleux. J’ai participé à un culte. Je l’ai construit avec vous, l’ai rendu à notre Dieu, et j’en suis heureux.

Soit dit en passant… A lire le passage de Hauerwas et Willimon que j’ai cité en exergue de cette lettre, si le monde d’aujourd’hui continue à souffrir de l’obsession de la performance, du mérite, de l’être-à-la-hauteur, je me demande si nos Églises ne contribuent pas aussi à cette souffrance au lieu de l’empêcher. Ou peut-être font-elles tout simplement partie des victimes. Je me demande si l’envie de saisir l’occasion de célébrer un culte à la télé ou à la radio pour en faire quelque chose de « spécial » n’en est pas un symptôme révélateur.

Si je me permets de t’écrire ces lignes, c’est parce que je sais que tout ce que je viens de dire est tout simplement normal pour toi qui ne cesses de prêcher le Dieu de Jésus-Christ, celui qui aime qui que ce soit, quelle qu’il/elle soit. C’est pourquoi je te dis merci et bravo.

Bien amicalement,

H.

Quarante jours (Carême) en quarantaine

J’avais laissé ce blog endormi depuis l’entrée du temps de Carême de l’année passée. C’était le mercredi des cendres, un jour où je passais la journée au lit suite à une méchante grippe. Ce jour-là, en plus d’écrire quelques lignes ici, j’ai eu l’idée de compter le nombre de jours que j’avais vécus depuis ma naissance. C’était le dix-sept mille trois cents dix-neuvième jour.

J’ai continué à le compter chaque jour jusqu’à ce que je fasse un voyage d’urgence vers la Corée. Mon père entrait à l’hôpital. Nous nous sommes dits au-revoir en partageant un morceau de pain et une canette de soda aux arômes de pamplemousse (c’était la boisson qui ressemblait le plus au vin parmi ce qui était proposé dans le distributeur automatique du couloir de l’hôpital).

De retour à la maison, j’ai arrêté de compter le nombre de jours de ma vie, en me disant que le temps d’une journée ne se ressemblait pas chaque jour. Je le savais, mais je me suis rappelé cette évidence autrement, grâce à l’intensité de la vie que la maladie et l’ombre de la mort offraient de manière ironique. C’était comme si un petit réveil sonnait.

Un an après, une autre crise m’invite à la redécouverte de l’intensité du temps, de la vie. Cette fois-ci sous un autre angle : ralentissement, perte de maîtrise, ennui… C’est comme si un petit réveil sonnait. Je me dis que je pourrais à nouveau écrire quelques lignes en guise de partage en ce temps où on essaie d’être ensemble par des moyens divers.

Mais que raconterai-je au fait ?…

A l’entrée du temps de Carême

image qui vient de catholiccartoonblog.blogspot.com

On entre dans le temps de Carême, un temps de retraite spirituelle. Quarante jours de dépouillement, de discipline, de méditation et de prière, avant les fêtes pascales.

D’aucuns diront : N’est-ce pas tous les jours que nous sommes appelés à vivre cela ? Pourquoi ce genre de rituel, de cette mise à part ? N’est-ce pas une volonté plus ou moins déguisée de mériter quelque chose ? d’être perfectionniste en quelque sorte ?

En guise de réponse à cela, je voudrais partager un épisode qu’un ami m’a raconté. Voici ce qu’il a vécu lorsqu’il était au Tübinger Stift, résidence prestigieuse qui compte parmi ses anciens élèves Hölderlin, Hegel, Schelling…

C’était une résidence en lien avec l’Eglise de Wurtemberg, et il y avait la tradition de prier à table pour les repas communs. Or, en ce temps-là, avec une certaine « sécularisation » du profil des résidents, se formait petit à petit une opinion. Un jour, un groupe d’étudiants dit au directeur de la résidence : « Monsieur, doit-on vraiment prier à chaque repas ? D’autant plus que vous dites toujours la même chose… » Le directeur — c’était Eberhard Jüngel, un éminent théologien du 20e siècle — marqua un temps comme s’il réfléchissait profondément et dit : « Alors, quand est-ce que vous voulez prier ? »

Il y a un temps pour tout, comme nous le savons.
Il y a un temps pour manger et un temps pour prier.
Il y a un temps pour vivre comme si j’étais seul et un temps pour se dire que Dieu m’attend toujours.
Il y a un temps pour se révolter et provoquer comme un-e ado et un temps pour se souvenir que le Seigneur est tendresse et miséricorde.

Si nous ne désirons pas de retourner à Dieu dans une joyeuse confiance durant ces 40 jours à venir, alors, quand est-ce que nous voulons le désirer ?

Dilemme

test-psychotechnique-vases-communiquantsUn billet (« Bloguer, c’est créer des liens ») rempli de bon sens et d’espoir — deux choses pas toujours évidentes à faire co-habiter — m’a réveillé ce matin. Ceux qui me connaissent savent également que je dis toujours que seuls l’odeur d’un café (matin) et celui d’un apéro (soir) me réveillent.

Ce billet m’a donné envie de secouer un peu ce blog. D’abord, un petit tapotage visuel pour donner, surtout à moi, une illusion. Mais ça a toujours une apparence démodée. Je ne sais pas pourquoi. (Par ailleurs, je ne sais pas non plus si le mot « tapotage » peut se dire de cette manière ; chère lectrice, cher lecteur, n’oubliez pas d’activer la fonction de correction automatique dans votre tête quand vous lisez ici.)

En même temps, j’ai aussi envie de continuer à laisser dormir ce blog. Car je me rends compte — ou est-ce une simple impression ? — que la vigilance dans la vie réelle et la présence sur le réseau virtuel fonctionnent pour moi comme un vase communicant. Je me suis dit plusieurs fois durant ces derniers temps : « J’ai en effet bien fait de m’attabler pour jouer au Scrabble avec ma femme (et un verre de whisky), de téléphoner telle ou telle personne pour prendre des nouvelles, ou d’aller écouter un monsieur esseulé plutôt que de m’asseoir seul pour écrire à mes plus ou moins inconnus devant l’ordinateur.

Il faut faire les deux !, diriez-vous. Eh bien, j’ai dit justement il y a quelques secondes que j’ai l’impression — ou est-ce une réelle prise de conscience ? — qu’il s’agit d’un vase communicant. D’où ma dilemme du jour : réveiller ou laisser dormir ce blog ?

Je ne savais pas que c’était du mouton, mais finalement…

tumblr_inline_o18yvuDsbi1ti0be5_400(Voici l’édito que j’ai écrit pour le Tandem de printemps [mars-juin], bulletin paroissial de la Côte. Ma femme me dit : « Je n’aurais pas osé, mais cela te ressemble ». Je réponds : « Ah…? »)

Le goût de la vie (édito du Tandem, n° 50)

Le premier repas que j’ai pris sur le sol européen a été un kebab. A mon arrivée à la résidence universitaire parisienne où j’avais réservé une chambre à l’été 2000, la cantine était déjà fermée. Je prends le métro, arrive au quartier de la Sorbonne, et je vois une enseigne « sandwich grec ». Je venais d’arriver pour poursuivre mes études en philosophie grecque ancienne. J’ai appris plus tard que ce restaurant était en fait tenu par un patron turc, et que la viande qui s’y trouvait était essentiellement du mouton et de l’agneau. Comme la moyenne de la population coréenne, je n’en avais jamais mangé auparavant. Assez peu aventureux dans le domaine culinaire, je n’aurais probablement pas osé si je l’avais su. Mais le premier kebab m’avait déjà plu.

Toute proportion gardée, je pense que cette anecdote a quelque chose de semblable avec l’histoire de Pâques. Choisir de suivre le Christ, c’est s’engager dans l’inconnu. C’est s’engager à la suite de Jésus dans la fidélité au Règne de Dieu, à sa justice et sa paix – un engagement total qui a mené Jésus jusqu’à la croix, jusqu’à la mort, cette inconnue ultime pour tout être humain. L’histoire du matin de Pâques est le sceau que Dieu pose en guise de « oui » sur la confiance absolue de ce jeune homme de Nazareth. Les chrétiens qui marchent à sa suite sont celles et ceux qui ont goûté un jour, et goûtent année après année, la joie de porter cette Bonne nouvelle : la mort, ma mort, a déjà été engloutie par l’amour de Dieu. Peut-être cela passera-t-il par la croix que chacun porte dans la vie, mais la joie pascale nous a déjà plu. Le goût de la vie a déjà gagné.

La Vie, l’Amour, la Paix… un Nom

(Voici un billet que j’ai donné pour l’Express, journal quotidien neuchâtelois, du 27 juin. )

Ça y est. C’est mon tour. Je peux enfin prononcer ma première phrase en français devant un vrai Français sur le sol français : « Bonjour ! » Le guichetier du RER de l’aéroport marmonne quelque chose qui ressemble à ce que je viens de dire. Il ne quitte pas des yeux ce qu’il est en train de regarder. Ça ne fait rien. S’il ne me fait pas répéter, c’est parce qu’il m’a compris. Je me racle la gorge et articule du mieux possible : « Cher monsieur, auriez-vous l’obligeance de m’accorder un ticket de métro pour un aller vers Paris, s’il vous plaît ? » Il lève vers moi des yeux écarquillés, ouverts plus grands que les pièces de monnaie dans ma main. Oups, me dis-je, peut-être ai-je été impoli ?

C’était il y a presque quinze ans, je venais de débarquer de l’avion en provenance de Séoul, capitale de la Corée du Sud et ma ville natale. Cet épisode me rappelle régulièrement un fait bien connu : apprendre une langue ne se réduit à pas à l’acquisition de son système linguistique. Une langue est plus que son vocabulaire et sa grammaire. Elle porte une histoire, une culture, des traces du passé, des tendances du présent, des promesses de l’avenir. Il faut du temps pour apprendre une langue et ses multiples langages.

Il y a un langage qui m’intrigue depuis un moment. C’est le langage des majuscules (enfin, c’est moi qui l’appelle ainsi). Il s’agit de ce qui se passe par exemple quand quelqu’un dit qu’il parle de la Vie (avec un grand « V »). J’entends et lis un peu partout ce langage ces jours-ci : la Nature, non pas la nature avec un petit « n », l’Autre ou le Tout-Autre, la Joie, la Paix, l’Amour… Par ailleurs, on augmente souvent la voix, légèrement, d’un demi-ton en prononçant ce genre de mots. Et, chose magique, nous avons l’impression de comprendre quelque chose ! Ne vous méprenez pas : je ne joue pas avec l’ironie ! Je pense réellement que, par là, on exprime quelque chose de vrai.

Plusieurs questions se bousculent cependant dans ma tête lorsque quelqu’un emploie ce langage. Peut-être la « Vie » est-elle ce qui devrait être, par comparaison à la « vie » que nous, gens ordinaires, menons tant bien que mal ? L’Amour est-il la puissance maxi de ces moments amoureux qui nous enchantent ? L’Autre est-il la vraie source de cette altérité que j’éprouve devant mes semblables ? Mais aux côtés de ces interprétations qui me rappellent vaguement ce que j’ai lu dans les œuvres de Platon (les choses de ce monde ne seraient qu’un reflet imparfait d’un monde idéal), la foi chrétienne – une autre école de langue – me dit : ces mots en majuscule ne devraient-ils pas être compris comme un nom propre que l’on écrit avec une majuscule ? comme Julie ou René, comme Bucher ou Schaläppy ? En effet, l’Église ne suit pas une idéologie, un ensemble de préceptes ou une philosophie, mais une personne, Jésus-Christ. Pour elle, c’est lui qui est la Vie, la Joie, le Chemin. Elle apprend ce que sont la vie, l’amour, la paix, en les découvrant au prisme de la vie, la mort et la résurrection d’une Personne.

(P.-S.: Dans le journal, ils ont enlevé une phrase de mon texte qui finissait ainsi : Oups, peut-être suis-je allé trop loin pour un petit billet ?)

Une différence entre Jésus et un pasteur (si, si, il y en a une)

rireAu bout d’un an et demi du ministère pastoral, contre toute mon attente, j’ai trouvé une différence entre Jésus et un pasteur. Jésus est ressuscité au matin de Pâques, alors qu’un pasteur, lui, doit attendre le lendemain de Pâques chaque année. (Quoique, je dois attendre encore une semaine de plus car je pars ce soir pour une semaine de camp de Pâques avec plus de vingt enfants…)

Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

Atelier sur le sens du culte (rebelote)

J’ai « reblogué » (si je ne me trompe, cela veut dire que je l’ai copié d’un blog à l’autre) cet article publié dans le site de ma paroisse. Car quelqu’un y a gentiment mis des commentaires, et cela m’a permis d’écrire quelques lignes qui peuvent vous intéresser. Si vous avez envie, donc, allez voir l’original de l’article comportant ces commentaires.

Je reviens d’une semaine de retraite en silence à La Pelouse chez les sœurs de Saint Maurice. D’où mon silence sur le net ces derniers jours ; je le romps doucement. Bon week-end !

EREN - paroisse du Val-de-Travers

Pages de Eglise_de_temoins_Anim4 - Version 2 (photo issue de l’exposition « Eglise de témoins », détail)

22 mars (15h-16h40) Pourquoi aller au culte ?

26 avril (15h-17h) Que signifient les gestes du culte ?

24 mai (15h-17h) Qui parle à qui dans un culte ?

28 juin (15h-17h) Pour qui le pain et le vin ?

Rencontres à la cure de Môtiers (Rue Centrale 5),

suivies du culte au temple pour celles et ceux qui le veulent.

Cet atelier, mensuel, ouvert à tous, aborde des questions qui peuvent surgir autour du culte, cet acte fondamental de la foi chrétienne. Il ne prétend pas donner de « bonnes réponses » mais indiquer quelques pistes afin que chaque participant-e puisse approfondir sa réflexion sur sa vie spirituelle. L’atelier est conçu comme un parcours, mais il est aussi possible d’y participer « à la carte ».

Vous pouvez télécharger le papillon avec toutes les informations en cliquant sur le lien suivant: Atelier_Sens-du-Culte_Papillon

(Pour plus d’infos : Hyonou…

Voir l’article original 6 mots de plus